Copeaux dans le vin : la guerre des mondes !
L'annonce cette semaine, par Dominique Bussereau, Ministre de l'agriculture, d'autoriser l'utilisation de copeaux de chêne dans le processus d'élevage des vins aura eu le mérite de laisser un goût de franche polémique, avant même que cette règlementation ne soit mise en oeuvre.
Cette décision, parmi d'autres, fait partie d'un plan global qui vise à relancer la consommation et favoriser l'exportation des vins en adaptant la viticulture française au marché, passablement malmenée, on ne le répètera jamais assez, par une forte concurrence étrangère.
C'est lors de la phase dite d'élevage que le vin acquiert peu à peu sa complexité, développe sa structure et affine ses arômes. Afin d'obtenir un caractère boisé, le vin est placé en barrique sur une période plus ou moins longue. De son contact avec le bois, du chêne en général, le vin y gagne des tanins et des arômes (vanillés, toastés). Cet élevage traditionnel se révèle coûteux : prix des barriques élevé, nécessité d'avoir de l'espace de stockage et une main d'oeuvre abondante. C'est ainsi que l'utilisation de copeaux de chêne a pu constituer une alternative économique intéressante pour la quasi totalité des vignerons du "Nouveau monde" : il suffit de les incorporer au vin et de les laisser macérer pour obtenir, en théorie (!), le même résultat que la barrique. A ceci près que la macération se fait directement dans la cuve (plus besoin de barriques, donc !) et que le prix de revient est nettement réduit.
C'est donc bien ici d'un intérêt en termes de coût de production dont on parle, et qui se répercute en bout de chaîne sur le prix de la bouteille. Les copeaux de chêne sont librement utilisés aux Etats-Unis et en Australie depuis de nombreuses années. Nos vignerons ne boxent donc pas dans la même catégorie, comme sur bien d'autres points d'ailleurs. Le gouvernement veut certes accroître les ventes, mais surtout rendre l'offre française plus lisible, et donner au consommateur étranger ce qu'il réclame au moindre coût.
Nos vignerons auront désormais le choix, mais on-ils seulement envie de faire ce choix comme solution à leurs problèmes ? La question reste posée.
Pour beaucoup d'entre-eux, c'est le moyen parfait de dévoyer le savoir-faire traditionnel, de maquiller des vins et de gommer les différences. Bref, de standardiser leur production pour venir grossir un marché mondial de plus en plus linéaire.
D'autres au contraire y voient, et on peut le comprendre, l'intérêt économique que les copeaux représentent. Car au fond, le nerf de la guerre est bien l'argent, et ne pas vendre sa production peut se révèler tout simplement dramatique.
Le débat fait rage depuis de nombreuses années, mais en tant que consommateur, il faut se poser la question de ce que nous voulons exactement. Personnellement, je veux être informé, avoir le choix, mais ce que je veux par dessus tout, c'est que le "vite fait, bien fait", l'imitation, le bas de gamme ne deviennent pas la règle, et ce, quel qu'en soit le prix !
7 commentaires
Est-il question que l'utilisation de copeaux ne permette pas d'obtenir l'AOC ? Cela permettrait de distinguer clairement les viticulteurs privilégiant l'AOC, le terroir et la tradition.
Je me demande si, comme d'habitude, les décisions prises ne le sont pas avec une guerre de retard.. Il me semble que la tendance actuelle est justement d'élaborer des vins.. moins boisés! Tendance également constatée dans le "Nouveau Monde"..
Les modes changent vite. Il vaudrait mieux garder une ligne directrice claire que de céder, de plus de manière décalée, aux tendances trendy d'un certain marché..
Bravo pour ce blog intéressant!
Cordialement
Alain
www.winemega.com
> don quichote : l'utilisation des copeaux est autorisé dans la communauté européenne, mais rien ne régit clairement pour l'instant ce recours pour telle ou telle catégorie de vin. En France, toutes les catégories pourront en utiliser, AOC comprises : il est dit dans le rapport Pomel que les AOC pourront s'interdire librement cette utilisation, ou pas ;)
> Alain : je suis assez d'accord avec toi. Etablir une ligne de conduite claire et efficace est indispensable, mais il demeure une telle hétérogénéité dans le vignoble français...
Merci pour le compliment
Vous l'avez bien dit...l'imitation de la bas gamme...peut-etre ca va vendre des bouteilles, mais a qu'elle prix?
(J,ai fait une poste sur la même sujet aujourd'hui....
thecaveman.blogspot.com/
Bill
Je crois que nous nous posons exactement la même question... ;)
Je me permets de mettre ci-après le lien direct vers ton post !
thecaveman.blogspot.com/2...
et le marché de la tonnellerie? que va t il devenir? OK, le mode de transformation des vins se diversifie mais à qui va t il profiter?
Pas aux chènes, en tout cas ;)
Plus sérieusement, ce seront les exigences de qualité de la part du consommateur qui en décideront... A moins que celles du vigneron ne les devancent...